Entretien Yahia Mohamed-Lamine Mestek: « la France cherche à parasiter tout effort qui sert la sécurité dans la région ! »

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Le Dr Mistak Yahya Mohamed Lamine, Ph.D, est professeur des sciences politiques et des relations internationales ; il est en outre un expert stratégique rompu dans les connaissances des dessous de table. Il a publié récemment un ouvrage important sur les risques sécuritaires dans la région du Sahara intitulé La crise du Sahel entre les projets étrangers et l’approche algérienne ».

Il mène aussi sur sa page Facebook une activité tentaculaire avec des personnalités importantes sur la scène politique et dans l’opinion publique, notamment par le biais d’une émission très suivie, « kash Politique » ; son dernier invité étant le grand analyste politique américain Noam Chomsky.

La région maghrébine connaît depuis un certain temps une activité qui soulève des interrogations à longueur de lignes et qui est plus importante que ce qui est dit. Et il semble aussi que la France ait de l’influence et des objectifs non déclarés …

D’une manière générale, l’Afrique du Nord et la région subsaharienne étant considérée comme la zone vitale de la France, les tenants du pouvoir réel en France jettent tout leur poids pour peser sur les décisions en cours ; de ce fait, la France continue sa poursuite de la politique de pillage des richesses des régions nord-africaines et sub-sahariennes.  Dans cet entretien, nous tenterons d’y voir plus clair, filtrer les messages et observer les objectifs et les moyens que la France utilise pour maintenir le contrôle et l’hégémonie sur ces deux régions.

Quels sont les moyens qui donnent à la France toute cette influence dans la région ?

Le premier moyen que la France utilise pour maintenir le contrôle et l’hégémonie est l’environnement culturel et psychologique, basé sur la suprématie de l’homme européen et la souveraineté de la France comme base des Lumières et de la civilisation, par le biais de son slogan issu de la Révolution française : « Liberté, Egalité, Fraternité ».

Et aussi à travers les institutions culturelles qui soutiennent l’impérialisme, comme l’Organisation internationale de la francophonie, et d’autres réseaux encore, comme la « françafrique » ; l’autre méthode de l’hégémonie française sur la région, qui reproduit la première, ce sont les liens financiers et commerciaux qui protègent les intérêts français dans la région, étant donné que 14 pays africains utilisent encore la monnaie coloniale Franc CFA après plus de 70 ans d’indépendance et jusqu’à ce jour, le Franc CFA est imprimé en France, dans la ville de «Chamalières», puis envoyé dans les pays du Sahel africain, et sur cette base, ces pays doivent payer 50% de leurs impôts à la France chaque année !

« Il convient de noter à ce propos que de nombreux dirigeants africains ont voulu mettre fin à cet « esclavage monétaire », comme l’ancien président du Togo, Sylvanus Olympio, assassiné le 13/01/1963, et Thomas Sankra, l’ancien président du Burkina Faso, également assassiné le 15/10.1987 ; le dernier d’entre eux était l’ancien président libyen Mouammar Kadhafi, qui voulait créer une monnaie africaine unifiée et une banque centrale africaine indépendante.

« La troisième forme d’hégémonie française sur la région est représentée dans l’alliance politique entre la bourgeoisie française et les dirigeants africains connus notamment pour leur défense des intérêts de la France en assurant un approvisionnement régulier en main-d’œuvre bon marché ainsi que la fourniture de matières premières bon marché, de minéraux, d’eau et de denrées alimentaires au profit de la France, comme des entreprises françaises comme Suez, Ondeo et Saur, qui sont dans plus de 45% du marché mondial de l’eau, en plus de la dissémination des institutions françaises à travers le continent pour mettre en œuvre de multiples projets dans différents secteurs.

« On retrouve aussi les investissements de Total dans le secteur du pétrole et de l’énergie, Alstom dans les transports, Bouygues dans la construction et l’immobilier, Orange dans les télécommunications, BNP Paribas et l’entreprise publique dans le secteur bancaire, en plus des contrats d’avions Airbus ainsi que des contrats d’armement français sur le continent. Toutes ces multinationales françaises ont bénéficié des ressources africaines: par exemple, environ 90% de l’énergie électrique produite en France est produite par les réacteurs nucléaires, qui dépendent presque entièrement de leur travail sur l’uranium obtenu au Niger via la société Areva.

La France des Lumières et droits de l’homme est aussi la France qui a soutenu les dictateurs africains…

La France a exploité le bas prix de la main-d’œuvre, et souvent la faiblesse de la loi, à travers un soutien politique aux dictatures africaines en échange de concessions fiscales et de contrôle; toutes ces formes de domination ont été scellées par l’intervention militaire française et la présence dans dix pays de la région sahélienne (Sénégal, Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad, Côte d’Ivoire, Afrique centrale, Gabon et Djibouti), et la France s’impose comme le pays qui est intervenu et a participé le plus militairement en Afrique que toute autre puissance extérieure.

Et tous ces vols et ces plans de domination et d’extorsion ont des objectifs apparents ou cachés …

En principe, la politique française est résolument orientée vers la région saharo-sahélienne pour atteindre plusieurs objectifs dont les plus importants sont de préserver l’hégémonie et le contrôle de la région en promouvant ses intérêts économiques, ainsi que faire face à l’influence chinoise, américaine et même russo-turque qui s’accroît de jour en jour.

En plus de perturber tout bloc régional local, qu’il soit politique, économique, comme l’Union du Grand Maghreb arabe, ou militaire, comme le Conseil des chefs d’état-major des États membres du CEMOC, en les réduisant, ou en établissant des blocs parallèles pour absorber la capacité des États, comme la mise en place de l’Union pour la Méditerranée et l’organisation du G5 Sahel.     Mais l’objectif le plus important est de maintenir les régions d’Afrique du Nord et subsaharienne dans un état d’instabilité permanente, car la France jacobite se rend compte qu’il y a une équation importante que l’instabilité des deux régions équivaut à la stabilité de l’État sioniste et vice versa.

D’après cette analyse, il est désormais possible d’analyser les événements récents les plus importants survenus dans les deux régions, que ce soit le dossier financier, la question libyenne, ou encore la question du Sahara occidental …

Il serait naïf de penser que la France recherche la stabilité en Libye et au Mali, qu’elle souhaite activer et permettre la voie démocratique pacifique en Libye et au Mali, ainsi que soutenir les solutions locales, notamment algériennes. Il est devenu évident pour tout le monde que la France cherche à perturber tout effort national au service de la sécurité et de la stabilité dans la région, soit directement (l’intervention militaire en Libye 2011 et Mali 2013) soit indirectement (à travers ses mandataires à travers la CEDEAO et le Maroc).

Qu’en est-il de ce fait des accords d’Alger sur la paix au Mali et la question du Sahara occidental ?

À travers ce qui a précédé, il apparait clair que l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne constituent l’un des fondamentaux de la politique étrangère française, et cela a été exprimé par l’ex-président français François Mitterrand, lors du sommet franco-africain de 1994, lorsqu’il a assuré aux participants que « sans l’Afrique, la France n’aurait pas Histoire au XXIe siècle ».

La région étant la gloire de la France et de sa zone d’influence, il est donc difficile d’imaginer un président ou un gouvernement français, quelle que soit son orientation, abandonne l’Afrique.

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