À Alger, une conférence consacrée à l’intégration économique régionale a réuni, jeudi, des responsables algériens et des représentants d’institutions financières internationales autour du thème « Afrique du Nord : relier les continents, créer des opportunités ».
À l’ouverture des travaux, le Premier ministre, M. Sifi Ghrieb, a expliqué que la vision portée par les autorités s’inscrit dans une stratégie nationale de transformation économique. Il a rappelé que l’ambition de relier l’Afrique du Nord à son environnement régional et international « s’inscrit dans le cadre de la stratégie de l’Algérie visant la diversification de l’économie et la concrétisation d’une ouverture économique étudiée et maîtrisée ».
Selon lui, cette orientation repose notamment sur « l’engagement de l’Algérie à renforcer l’intégration régionale, à améliorer le climat des affaires, à faciliter les investissements générateurs de richesse et d’emplois et à inscrire l’économie nationale durablement dans les chaînes de valeur régionales et mondiales ».
Le Premier ministre a également souligné que les projets engagés s’appuient sur « des réformes structurelles, une modernisation progressive des cadres réglementaires et une volonté forte de renforcer la résilience de l’économie face aux fluctuations extérieures ». Il a précisé que l’Algérie « mobilise d’énormes moyens pour développer des infrastructures aptes à assurer l’interconnexion continentale et l’intégration régionale, comme la route transsaharienne, le développement du réseau ferroviaire, la ligne minière Ouest, inaugurée par le président de la République cette semaine, et la ligne minière Est, qui sera prête avant la fin de l’année en cours ».
Dans le même esprit, M. Sifi Ghrieb a rappelé le projet de liaison ferroviaire Nord-Sud qui « portera la longueur totale du réseau national de près de 6.000 km, actuellement, à près de 9.000 km ». Il a aussi évoqué le développement des ports, des aéroports et des plateformes logistiques dans les zones frontalières afin de faciliter les échanges commerciaux et soutenir l’investissement.
Pour le Premier ministre, la réussite de l’interconnexion régionale ne dépend pas uniquement des infrastructures physiques. Elle suppose également une meilleure intégration économique et une valorisation du capital humain. À ce titre, il a indiqué que « la jeunesse constitue pour l’Algérie un véritable moteur de développement, qu’il importe de doter d’un cadre réglementaire moderne et innovant garantissant sa qualification et lui permettant d’exploiter pleinement son potentiel ».
Sur le plan continental, il a mis en avant la Conférence africaine des start-up, organisée chaque année en Algérie, qui vise à « créer une plateforme continentale de dialogue entre les écosystèmes de l’innovation ». Il a ajouté que l’Algérie « poursuivra ses efforts pour partager cette expérience et généraliser les mécanismes qui en découlent au profit des pays africains ».
Les autorités travaillent également, selon lui, sur les infrastructures numériques, à travers « le déploiement accéléré des réseaux de fibre optique et le renforcement des capacités spatiales ».
Abordant la question énergétique, le Premier ministre a estimé que « la disponibilité d’une énergie durable et fiable permettra à l’Algérie d’accueillir des infrastructures dédiées au stockage et au traitement des données, jetant ainsi les bases de la construction d’un écosystème continental dans lequel les industries stratégiques alimentent l’économie de la connaissance ».
Il a par ailleurs rappelé que l’Algérie « œuvre à la promotion et au développement de la ressource humaine, qui demeure l’axe et l’objectif de ces politiques, comme le confirment les investissements considérables destinés au développement de l’enseignement, tous cycles confondus, à la promotion de la formation professionnelle et au renforcement des savoir-faire dans différents domaines, ce qui a permis à mon pays d’occuper une place de premier plan dans l’Indice de développement humain au niveau continental ».
Évoquant les potentialités régionales, il a relevé « l’importance des opportunités prometteuses et des atouts considérables que recèle la région de l’Afrique du Nord, notamment une jeunesse qualifiée, diverses ressources énergétiques, l’énergie renouvelable, la logistique, l’industrie et les services ». Toutefois, il a insisté sur le fait que « la transformation de ces atouts en opportunités concrètes et durables requiert le renforcement de la coordination entre les pays de la région, l’instauration d’un dialogue durable entre les secteurs public et privé et l’établissement d’une coopération étroite aux niveaux national, régional et international ».
En conclusion, M. Sifi Ghrieb a indiqué que cette rencontre « se veut une plateforme de dialogue sincère, de planification stratégique, d’échange d’expertises et de réflexion commune sur les voies de renforcement des réformes pour bâtir un espace commun mieux intégré apte à relever les défis ». Il a également salué la qualité de « la relation entre le FMI et la Banque d’Algérie, qui œuvrent au renforcement de la stabilité macro-économique et financière, à l’impulsion du développement et à la consolidation de la coopération internationale ».
De son côté, la directrice générale du Fonds monétaire international, Kristalina Georgieva, a estimé que la région fait face à un contexte mondial marqué par une phase de « profonde transformation mondiale ». Elle a expliqué que ces mutations, associées à une « incertitude accrue », rendent la coopération régionale encore plus nécessaire, notamment entre l’Afrique du Nord, l’Afrique subsaharienne et l’Europe.
Elle a souligné que la Zone de libre-échange continentale africaine représente, selon elle, un « moteur d’intégration » et un « d’atout majeur pour le continent, tant pour ses populations que pour ses relations économiques avec l’Europe ». La responsable du FMI a également plaidé pour des projets de production intégrée et de connectivité, estimant que ces initiatives peuvent générer « des économies d’échelle et d’améliorer l’efficacité logistique à l’échelle du continent ».
Dans le domaine de l’énergie, elle a rappelé que l’Afrique du Nord dispose de ressources importantes et peut contribuer à la transition énergétique régionale et européenne, tout en réduisant les déficits d’électricité sur le continent.
Intervenant lors de la même séance, le gouverneur par intérim de la Banque d’Algérie, M. Mouatassem Boudiaf, a affirmé que « l’Algérie, de par sa position stratégique, au cœur de l’Afrique du Nord, est capable de jouer un rôle moteur pour renforcer l’intégration régionale, non seulement dans le domaine de l’énergie, mais aussi dans le commerce transfrontalier et l’investissement ».
Il a estimé que « les potentialités énormes dont dispose le pays, notamment en tant que fournisseur principal d’énergie pour l’Europe, ainsi que ses importantes infrastructures, lui permettent de renforcer son intégration dans les chaînes de valeur internationales et dans plusieurs domaines ».
Le responsable de la Banque d’Algérie a également exprimé « la pleine disponibilité des institutions algériennes à traduire cette vision en résultats concrets, sous les orientations du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune ».
Dans ce cadre, il a insisté sur « le rôle stratégique » de l’Afrique du Nord, soulignant que la région est en mesure de devenir « un centre des énergies renouvelables, de raccordement électrique transfrontalier et d’exportation d’hydrogène vert, ce qui permettra un plus large accès à l’électricité en Afrique subsaharienne ».
La conférence, organisée sur une journée, est consacrée à l’examen des enjeux liés à l’intégration économique régionale. Plusieurs séances de débat sont prévues, portant notamment sur la coopération dans les chaînes de valeur mondiales, le rôle du secteur énergétique et les mécanismes de financement des projets régionaux.









