Accueil National Pr. Elias Zerhouni, un destin scientifique au service de la médecine mondiale

Pr. Elias Zerhouni, un destin scientifique au service de la médecine mondiale

Lors d’une conférence-débat organisée à l’Université d’Oran, le professeur Elias Adam Zerhouni est longuement revenu sur son parcours exceptionnel, dont les premières étapes ont débuté par la prise en charge d’une femme âgée atteinte de tuberculose à Aïn El Kebira, dans la wilaya de Sétif, pour culminer à la Maison-Blanche, où il a joué un rôle déterminant dans la prise en charge médicale du président américain Ronald Reagan, avant d’être nommé à la tête d’une institution publique américaine dotée d’un budget de 30 milliards de dollars.

L’intervenant est revenu sur ses années d’enfance à Alger, évoquant sa passion précoce pour les mathématiques et la physique, encouragée par son père, enseignant, qui lui a appris à poser des questions. « J’ai été contraint de rester à la maison et de ne pas aller à l’école en raison des attaques criminelles menées par l’Organisation de l’armée secrète (OAS) contre les Algériens », a-t-il indiqué. Après l’indépendance, il a repris ses études, il se souvient comme si c’était hier : « lors d’une campagne de volontariat dans le cadre de la révolution agraire, je me suis rendu à Sétif et à Aïn El Kebira. Nous marchions dans les montagnes et, dans l’un des centres de santé, j’ai rencontré un infirmier qui soignait une femme âgée atteinte de tuberculose malgré l’absence de médicaments. À cet instant précis, j’ai décidé d’étudier la médecine, malgré les réserves de mon père. C’est là le premier enseignement que je souhaite transmettre aux étudiants : croire en une idée et en son choix de spécialisation future. »

Il a ensuite relaté son parcours à la faculté de médecine d’Alger, marqué par deux tentatives d’exclusion en raison de ses absences, liées à sa participation à un concours de médecine aux Etats-Unis et à son intérêt pour l’apprentissage de l’anglais médical. Sa réussite à ce concours lui a toutefois valu le soutien de ses enseignants et du doyen de la faculté. Il a expliqué son attrait pour la radiologie et les appareils de scanner après sa rencontre avec le docteur Rahmouni, qui lui a présenté sa toute première image radiologique du cerveau.

La décision de poursuivre ses études en France s’est heurtée au refus de sa mère, en raison de son rejet du colonialisme français. Il s’est finalement inscrit, avant de rejoindre l’Université Johns Hopkins aux Etats-Unis, dans la spécialité de la radiologie, discipline qui, selon lui, réunit la physique, les mathématiques, l’informatique et la médecine. Dès son arrivée à Johns Hopkins, il s’est consacré à la radiologie, notamment à l’identification des types de tumeurs cancéreuses à travers le calcul du taux de calcium, sans recourir à une intervention chirurgicale. Un projet validé par le doyen, qui lui a accordé l’opportunité de mener ses recherches. « J’ai compris que je vivais un moment révolutionnaire dans le monde de la médecine. L’imagerie médicale repose sur la convergence de plusieurs sciences : la physique, les mathématiques, l’informatique, la biologie, la médecine et l’ingénierie. C’était une première. J’ai ainsi créé le premier laboratoire universitaire réunissant des spécialistes de différentes disciplines, travaillant en équipe », a-t-il expliqué.

Ses recherches ont abouti à de nombreuses avancées et innovations dans le domaine de l’imagerie médicale, ce qui a conduit les responsables de la Maison-Blanche à solliciter son expertise pour la prise en charge de la maladie du président Ronald Reagan. « Je leur ai conseillé de ne pas recourir à une intervention chirurgicale pour extraire une tumeur cancéreuse du poumon du président, en me basant uniquement sur le calcul du taux de calcium à partir de l’image radiologique », a-t-il précisé. Cette expérience lui a ouvert les portes de la notoriété et a conduit à sa nomination à la tête d’une institution publique de santé, dotée d’un budget de 30 milliards de dollars et de 27 000 employés, chargée de la gestion du secteur de la santé et de la mise en œuvre de profondes réformes aux Etats-Unis, après approbation du Congrès.

Il a également révélé avoir envisagé un retour définitif en Algérie à l’issue de ses études, mais les lourdeurs bureaucratiques l’ont contraint à repartir aux Etats-Unis avec son épouse. Il a évoqué un projet pédagogique mené depuis trois ans en collaboration avec la faculté de médecine d’Alger, qui a donné des résultats probants auprès des étudiants.

Abordant la vague de l’intelligence artificielle, il a déclaré : « Elle a profondément transformé ma vie de chercheur grâce aux capacités de calcul rapide, d’analyse et de collecte de données en un temps record. Elle a rendu la médecine plus intelligente. Toutefois, je rejette l’idée selon laquelle elle mettrait fin au rôle des spécialistes en imagerie médicale. C’est même l’inverse qui se produit : nous faisons face aujourd’hui à une pénurie de spécialistes dans ce domaine, en raison du développement spectaculaire de l’imagerie et de la multiplication de ses usages. »

Il a salué les efforts consentis en Algérie en faveur des start-up, tout en soulignant que « la seule existence d’une bonne idée ne suffit pas. Il faut une véritable structure économique et industrielle capable d’absorber, d’acquérir et d’investir dans ces nouvelles idées, en plus du développement des incubateurs et de l’octroi d’une plus grande autonomie aux universités en matière de recherche, loin d’une gestion centralisée. Il est également naturel d’enregistrer des taux d’échec élevés et la disparition de nombreuses start-up, comme ce fut le cas pour la toute première entreprise que j’ai créée, laquelle a fait faillite ».

En clôture de la conférence, le professeur Zerhouni et son épouse ont été honorés par le directeur de l’Université d’Oran 2, Ahmed Chaâlal, qui leur a remis une œuvre représentant l’Émir Abdelkader.