Le meurtre d’Asma Oumaima, une lycéenne originaire de la commune de Sidi Akkacha, dans la wilaya de Chlef, continue de susciter une vive émotion à travers le pays. Âgée de 15 ans, l’adolescente a été tuée par son propre père, à la fin du mois de janvier.
L’affaire, largement relayée par les réseaux sociaux et les médias nationaux, met en lumière les défaillances dans la prise en charge des victimes de violences au sein de la famille, en particulier lorsque celles-ci sont mineures.
Selon plusieurs témoignages cités par des médias et par des organisations de défense des droits des femmes, la jeune fille vivait depuis plusieurs années dans un climat familial marqué par des violences répétées. Élève en première année secondaire, elle avait confié à son entourage scolaire et à ses camarades être exposée à un danger permanent à son domicile.
D’après la page féministe « TBD Algeria », Asma Oumaima avait, la veille de sa mort, subi de nouveaux actes de violence. Elle avait alors tenté de mettre fin à ses jours dans son établissement scolaire. L’administration avait alerté la famille, et le père avait été contacté et entendu.
Toujours selon les mêmes sources, l’adolescente avait ensuite affirmé à ses camarades que son père allait « la tuer ». Elle s’est rendue au commissariat pour signaler sa situation. Le père a été convoqué par la police et mis en garde après s’être engagé à ne plus la violenter. Ces démarches n’ont toutefois pas permis d’assurer une protection effective et durable à la jeune fille.
Sur la chaîne Essalem, la mère de la victime a livré un témoignage particulièrement éprouvant. Elle a notamment rapporté les derniers mots prononcés par sa fille : « Maman… el madraa, el madraa. » Selon les informations diffusées par plusieurs médias, l’outil agricole mentionné dans ces paroles aurait été utilisé par l’agresseur. Une enquête judiciaire a été ouverte afin d’établir précisément les circonstances du drame.
Un contexte familial déjà signalé aux autorités
Toujours selon la page « TBD Algeria », le père, prénommé Youcef Moumna, avait déjà été condamné l’année précédente à une peine de six mois de prison pour des violences commises sur sa fille.
Les mêmes sources indiquent que l’homme imposait à sa famille un mode de vie très fermé, interdisant notamment l’usage du téléphone, de la télévision et les contacts avec l’extérieur. Il avait également chassé son fils du domicile après l’enrôlement de ce dernier dans l’armée, qu’il considérait comme « haram ». Après les faits, il se serait rendu de lui-même aux autorités.
Ce drame s’inscrit dans un contexte plus large de violences contre les femmes en Algérie. Selon le collectif Féminicides-Algérie, au moins 390 femmes ont été tuées depuis 2018.
L’organisation rappelle également que 37 % des crimes de ce type sont commis par un ou plusieurs membres de la famille, notamment le père, le frère, le fils ou un proche.
Dans une publication, Féminicides-Algérie déplore l’absence de réaction face aux alertes lancées par la victime et écrit : « Ta vie est la responsabilité de tous ceux qui ont entendu tes appels au secours, tes supplications et tes témoignages, et qui n’ont rien fait ! »
L’organisation estime que la responsabilité est collective et met en cause un système social et institutionnel qui, selon elle, « banalise la violence, ignore les signalements et laisse les femmes sans véritable protection ».
Le retour controversé à la conciliation
L’affaire relance également le débat sur le recours au « solh », la conciliation familiale, souvent privilégiée dans les situations de violences domestiques.
Des associations, dont le réseau Wassila (AVIFE), soulignent que le danger pour la victime augmente après le dépôt de plainte, lorsque celle-ci est contrainte de retourner dans le même foyer. Elles rappellent que les amendements introduits en 2024 dans la législation algérienne prévoient théoriquement l’éloignement immédiat de l’agresseur, une mesure encore rarement appliquée sur le terrain.
Les militantes dénoncent aussi l’usage de la conciliation comme un moyen de pression sur les victimes, appelées à pardonner au nom de la préservation de la famille.
Par ailleurs, l’article 182 du code pénal prévoit que toute personne pouvant empêcher un crime contre l’intégrité physique et s’en abstenant peut être tenue pénalement responsable, un principe qui concerne aussi bien les institutions que l’entourage.
Toujours sur la chaîne El Salem, la mère d’Asma Oumaima a déclaré ne plus être en mesure de rester dans le logement familial où s’est produit le drame. « Ce lieu est devenu invivable », a-t-elle affirmé, en lançant un appel aux autorités locales et aux bienfaiteurs pour bénéficier d’un relogement temporaire.
Dans le quartier, des voisins se sont mobilisés pour appuyer cette demande et ont souligné la nécessité d’un accompagnement social pour la famille.
La réaction du Parti des travailleurs
Dans un communiqué publié sur sa page officielle, le Parti des travailleurs (PT) a estimé que l’assassinat de la jeune fille ne pouvait être relégué à la rubrique des faits divers. Le parti a dénoncé un phénomène récurrent de violences exercées contre les femmes dans le cadre familial.
Il a également affirmé que la protection des femmes constitue une question de société et qu’aucune forme de violence ou de harcèlement, dans la sphère privée comme dans l’espace public ou professionnel, ne peut être justifiée.
Tout en indiquant ne pas vouloir politiser ce drame, le PT estime que « le code de la famille, qui établit une discrimination entre l’homme et la femme devant la loi et maintient la femme dans un statut de mineure à vie et de citoyenne de seconde zone, porte une part de responsabilité dans la propagation des violences faites aux femmes et des féminicides. »
Dans une autre déclaration, le parti a également rappelé que l’assassinat d’Oumaima dans des « circonstances atroces » ne peut, selon lui, « en aucun cas être classé parmi les simples faits divers ».









